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07.12.2021 - Le chef d'orchestre, Massimo Zanetti, revient à Monte-Carlo pour Il Corsaro !

Vous n’avez sans doute jamais entendu parler de cet opéra de Verdi… Et pour cause, c’est une rareté ! Et c'est une grande première pour l'Opéra de Monte-Carlo. Pour l'occasion, un spécialiste sera à la direction musicale, le chef Massimo Zanetti, qui a accepté de répondre à nos questions !

3 QUESTIONS À MASSIMO ZANETTI

I due Foscari - ©2020 - Alain Hanel - OMC

I due Foscari - ©2020 - Alain Hanel - OMC

Vous êtes venu à Monte-Carlo en décembre dernier pour diriger I due Foscari de Giuseppe Verdi en version de concert. Vous revenez cette année pour diriger Il Corsaro du même compositeur. Ces deux œuvres appartiennent aux années dites de « galère » du compositeur et sont donc très souvent négligées par les théâtres. Depuis des années, il tient à cœur à la direction artistique de l'Opéra de Monte-Carlo de proposer ces œuvres rares qui restent inoubliables. Avez-vous un penchant particulier vous aussi, pour ces opéras de Verdi trop souvent victimes de préjugés ?

La redécouverte des compositions de jeunesse de Verdi est un choix qui fait honneur à l'Opéra de Monte-Carlo, choix qui par ailleurs a été fait ces dernières années par d'autres théâtres internationaux, parmi lesquels Monte-Carlo a sûrement une position prédominante. Plus qu'une préférence, je nourris un très vif intérêt pour ces compositions et ça ne pourrait pas être en autrement pour deux raisons très simples : J'aime Verdi à la folie, dans toutes ses périodes créatives, et en tant qu'interprète il est de mon devoir d'étudier de manière profonde ses compositions et d'essayer d'en tirer le mieux, dans chaque circonstance et occasion. C'est sûr que l'on juge souvent les œuvres de la première période de sa vie artistique, souvent écrites dans des circonstances pas tout à fait idéales - par ici pour Il Corsaro, les rapports compliqués avec l'éditeur Lucca, qui commissionna l'œuvre à Verdi, rendirent le processus créatif très difficile - mais elles déclarent déjà clairement des traits identificateurs du grand compositeur.

Dans I due Foscari (1844) on retrouve une tentative d'approfondissement des traits psychologiques des personnages, ce qui était tout à fait inhabituel pour l'époque. Dans Il Corsaro, l'approche est plus rigoureuse, presque brutale et violente dans la description des sentiments : provisoire peut-être de reproposer l'ardeur du drame de Byron dont le livret de Piave est issu.

Quelles sont les particularités de la partition pour vous ?

C'est comme un « laboratoire » pour moi, dans lequel je peux retracer plusieurs anticipations musicales et dramaturgiques de ce qui sera après le plus haut langage de Verdi, à partir de la Trilogie de Rigoletto, Il trovatore et La traviata. Les éléments sont tous là : je cite comme exemple certaines introductions orchestrales très belles de quelques mesures mais déjà très représentatives des sentiments (comme l'introduction de l'air de Medora dans le Premier Acte); certaines mélodies descendantes qui seront aussi exprimées dans La traviata avec une ampleur majeure; des moments du chœur évocateurs et sûrement pas triviaux ; ou encore la scène de Corrado en prison dans l'Acte III, qui nous propose des accents du Fidelio de Beethoven mais qui anticipe clairement la scène analogique du Don Carlo. Le début de l'opéra en soi, c'est une telle explosion sonore qu'il ne peut pas ne pas nous faire penser à ce que Verdi saura transformer et développer avec le début d'Otello.

Nous devrons interpréter et contourner avec encore plus d'attention et de soin du langage musical, qui par moments pourra sembler simpliste et « codifié », de manière à pouvoir mettre en évidence au maximum les plus petites nuances.

Dans ce travail j'ai la très grande chance de réussir, pas seulement avec un casting renommé, mais aussi avec l'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo et le chœur de l'Opéra de Monte-Carlo, qui déjà dans I due Foscari m'ont profondément frappé pour le très haut niveau artistique et interprétatif.

Que souhaiteriez-vous dire à notre public pour l'inciter à venir découvrir cette œuvre méconnue de ce grand compositeur ?

Si vous aimez Verdi... mais pas seulement : si vous aimez l'opéra et le théâtre en général, ne manquez pas ce rendez-vous !

C'est un voyage de connaissance que nous faisons ensemble, en nous émerveillant des situations exprimées, des plus violentes aux plus tendres et intimes.

Je suis sûr que nous pourrons ressentir ensemble les figures et les anticipations du langage élevé de Verdi qui, comme la plus grande littérature, nous aident à comprendre les sillons les plus cachés de l'âme.