The Gershwins®’ Porgy and Bess®
jeudi 19 novembre 2026 - 19 h (Sur invitation du Palais)
samedi 21 novembre 2026 - 20 h (Soirée de gala)
by George Gershwin, DuBose and Dorothy Heyward and Ira Gershwin
PORGY AND BESS is presented by arrangement with Concord Theatricals Ltd. on behalf of Tams-Witmark LLC.
www.concordtheatricals.co.uk
Opéra en trois actes
Musique de George Gershwin (1898-1937)
Livret de DuBose Heyward et Ira Gershwin, d'après la pièce Porgy de DuBose Heyward et Dorothy Heyward
Création : Boston, Colonial Theatre, 30 septembre 1935
Nouvelle production
Dans le cadre de la Fête nationale monégasque
Porgy and Bess fait écho aux opéras français de Ravel et de Debussy, que Cecilia Bartoli programme à l’Opéra depuis le début de son mandat. Ainsi, l’admiration que George Gershwin portait à Ravel s’entend clairement dans ses concertos pour piano. Ravel, quant à lui, se montra impressionné par les compositions de Gershwin et, plus largement, fasciné par la musique populaire américaine, introduite en France dans les années 1920 par des figures telles que Joséphine Baker.
Qu’il s’agisse de « Summertime », des rythmes jazz et même des cris de rue - que Gershwin entendit lors d’un séjour d’étude à Charleston -, tous ces éléments façonnent la palette sonore de son unique opéra. Mais le pouvoir évocateur de cette œuvre, l’inventivité de son orchestration, la force de ses chœurs et l’intensité dramatique des airs de solistes s’inscrivent directement dans l’héritage des courants impressionniste et vériste européens.
Au cœur du drame se noue l’amour impossible de l’infirme mendiant Porgy et de la belle Bess, victime d’un ancien amant, comme de la «poussière du bonheur » que lui offre un trafiquant de drogue aussi séduisant que démoniaque.
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO
Acte I
Dans la chaleur étouffante d’une soirée d’été, la modeste communauté afro-américaine de Catfish Row, à Charleston, s’anime d’une joie simple, où se mêlent rires, chants et chagrins. Tandis que Clara berce son enfant au son de « Summertime », les hommes, oubliant l’espace d’un instant les fardeaux de leur existence, se laissent emporter par une partie de dés — parfois truquée, à vrai dire. Parmi eux se trouve Porgy, un infirme sans le sou dont le corps a été malmené par le destin, mais dont le cœur reste remarquablement noble. À ses côtés se tiennent Crown, un homme dominé par la violence de ses passions ; sa compagne Bess, dont le visage porte les traces d’une vie tourmentée ; et Sportin’ Life, un intrigant rusé qui fait dutrafic de drogue et exploite les faiblesses humaines. La fragile joie de la soirée vole soudain en éclats. Aveuglé par l’ivresse, Crown cède à une rage meurtrière et tue Robbins, le mari de Serena. Puis, hanté autant par sa propre conscience que par la loi, il s’enfuit, abandonnant Bess. Sportin’ Life lui propose alors une évasion alléchante vers New York, lui promettant une liberté qui n’est rien d’autre qu’une autre forme d’esclavage. Mais Bess rejette cette illusion. Un seul homme lui ouvre sa porte sans la juger : Porgy. Dans sa modeste cabane, il lui offre ce que tant d’autres lui avaient refusé : un refuge et la dignité.
La nuit suivante, dans la chambre de Serena, la communauté se rassemble autour du corps de Robbins. Sa veuve prononce une prière tandis qu’une collecte est organisée pour assurer au défunt des funérailles dignes. Lorsque la police vient interroger les habitants à la recherche de Crown, une nouvelle vague d’angoisse déferle sur Catfish Row. Pourtant, au milieu de ces épreuves, une affection discrète commence à naître entre Porgy et Bess.
Acte II
Les semaines passent à Catfish Row, et la modeste cabane de Porgy devient un havre de paix. Pour la première fois depuis longtemps, il savoure un bonheur simple, tandis que Bess s’efforce, avec un courage discret, de briser les chaînes de son passé. Mais les vieilles tentations ne lâchent jamais facilement leurs victimes. Sportin’ Life revient sans cesse, murmurant des promesses de richesse, de plaisirs faciles et d’une nouvelle vie à New York. Ses paroles sont aussi séduisantes que trompeuses, mais Bess résiste encore.
Lorsque les habitants partent le soir même pour un pique-nique sur l’île de Kittiwah, Porgy reste à Catfish Row, retenu par son handicap. Crown profite de sonabsence pour retrouver Bess. Malgré sa détermination à s’échapper, elle est contrainte de le suivre et disparaît.
À son retour, une semaine plus tard à la tombée de la nuit, le corps et l’esprit de Bess portent les stigmates de cette terrible épreuve. Sans un mot de reproche, Porgy l’accueille à nouveau. Il veille sur elle avec une patience nourrie par l’amour plutôt que par la pitié. Bess lui confie qu’elle craint de ne jamais pouvoir se libérer de l’emprise de Crown. Porgy lui répond que tant qu’il en aura la force, elle ne sera plus jamais seule.
Peu après, un violent ouragan s’abat sur Charleston. Les pêcheurs sont pris au piège en mer, tandis que leurs familles se rassemblent pour trouver du réconfort dans la prière. Au cœur de cette nuit de terreur, Crown réapparaît dans la chambre de Serena pour réclamer Bess, mais celle-ci déclare fermement que son cœur appartient désormais à Porgy. Alors que la tempête atteint son paroxysme, Crown part braver les vagues afin de secourir les pêcheurs en péril.
Acte II
Au lendemain, les vents finissent par s’apaiser, etlaissent derrière eux le silence qui suit les grandes catastrophes. Plusieurs habitants ont perdu la vie, dont Jake, le mari de Clara. Beaucoup pensent également que Crown a péri dans la tempête. Pourtant, pendant la nuit, son ombre revient hanter Catfish Row. Il vient réclamer la femme qu’il considère toujours comme sa propriété. Mais Porgy l’attend. Un combat s’engage entre les deux hommes, dans lequel l’enjeu dépasse de loin leurs vies. Porgy tue Crown, un acte terrible qu’il estime nécessaire pour sauver celle qu’il aime.
La justice humaine ne tarde pas à suivre son cours à Catfish Row. Porgy est arrêté l’après-midi suivant, et son absence ouvre la voie aux manigances de Sportin’ Life. Profitant du désespoir de Bess, il lui dit que Porgy ne reviendra pas avant de nombreuses années. Il ravive les vieilles dépendances qu’elle avait tant peiné à surmonter et lui promet, une fois de plus, une vie dorée à New York. Épuisée par ses épreuves et privée de la seule personne qui lui ait jamais témoigné une véritable gentillesse, Bess finit par céder. Elle quitte Catfish Row, emportant avec elle autant de regrets que de grands espoirs.
Lorsque Porgy est enfin libéré une semaine plus tard, il trouve sa cabane vide. Pourtant, son espoir reste plus fort que son chagrin. Refusant de renoncer à celle qu’il aime, il part pour New York, convaincu qu’aucune épreuve n’est trop grande lorsque le cœur reste fidèle. Et c’est ainsi que l’opéra s’achève — non pas avec la certitude d’un bonheur retrouvé, mais avec la conviction inébranlable qu’une âme guidée par l’amour peut encore triompher même des épreuves les plus sombres.
Cinq anecdotes à découvrir avant le lever de rideau
1
Lors de la création new-yorkaise de 1935, la rédaction du New York Times était si incertaine quant à savoir si Porgy and Bess était un opéra classique ou une œuvre pour Broadway – autrement dit une comédie musicale, même si le sujet n’a rien d’une comédie – qu’elle détacha deux chroniqueurs, un pour chaque spécialité, et publia leurs critiques côte à côte. Jusqu’à nos jours encore, les avis restent partagés. De son côté, Gershwin caractérisait son œuvre de « Folk Opera », « opéra populaire » dans le sens où il s’intéresse au petit peuple.
2
La pièce de théâtre originale, signée Dorothy et Dubose Hayward, s’appelait seulement Porgy, et Gershwin avait initialement l’intention de reprendre ce même titre. Or, la jeune soprano Anne Brown, qui avait eu vent du projet d’opéra, sollicita le compositeur pour une audition, et c’est à elle qu’échut le rôle de Bess, un rôle un peu secondaire à la base. Au cours des répétition Gershwin fut tellement impressionné par sa présence vocale et scénique qu’en son honneur il décida de renommer l’ouvrage Porgy and Bess.
3
Le célébrissime chanteur et musicien de jazz El Jolson, connu pour ses extravagantes représentations en « blackface » – autrement dit, c’était un artiste blanc maquillé pour ressembler à un Noir, ou plutôt pour moquer les Noirs dans ces odieux Minstrel Shows – sollicita Gershwin pour le rôle de Porgy. Mais le compositeur insista pour que la quasi-totalité de la distribution fût vraiment afro-américaine, un défi assez osé en 1935 alors que sévissaient encore les infâmes lois Jim Crow institutionnalisant la ségrégation raciale dans tous les états du sud-est des Etats-Unis.
4
Si vous passez par la belle Savannah, théâtre du roman et du film Minuit dans le jardin du bien et du mal, c’est en vain que vous chercheriez un quartier nommé Catfish Row – Alignement [de maisons] du Poisson-Chat. Le librettiste de l’opéra a délibérément détourné le nom d’un vrai quartier, Cabbage Row – Alignement des Choux, sans doute une amélioration culinaire, puisque le poisson-chat est l’un des fondements de la cuisine du Sud-est états-unien.
5
La berceuse « Summertime » qui ouvre la première scène de l’œuvre, et dont maint amateur ignore même qu’elle provient de Porgy and Bess, a fait le tour du monde en solo : elle a été reprise par des centaines d’artistes parmi lesquels rien moins que Miles Davis, Louis Armstrong, Ella fitzgerald, Herbie Hancock, Sidney Bechet, John Coltrane, Sonny Rollins mais aussi Jasha Heifetz, Joshua Bell, ou Leontyne Price, Billie Holiday ou Janis Joplin. L’élégance de la mélodie, l’originalité de son harmonie qui n’est ni classique ni complètement jazzy, en font un matériau de choix pour les plus belles variations. Certes l’ouvrage déborde de célébrissimes airs tels que « Summertime », « I got plenty o' nuttin » ou encore « It ain't necessarily so », mais leur écriture jazzy reste assez simple et carrée – ce qui a peut-être contribué à leur renommée, justement. Mais en réalité le reste de l’opéra est d’une extraordinaire complexité mélodique, harmonique, orchestrale, qui n’a rien à envier à Debussy, Richard Strauss, Ravel et parfois même Alban Berg et Arnold Schönberg, des compositeurs que Gershwin vénérait.
Porgy & Bess entre pour la première fois dans l’histoire de l’Opéra de Monte-Carlo. Comment aborde-t-on une œuvre aussi emblématique lorsqu’elle est présentée pour la première fois dans une maison d’opéra ?
Quand une œuvre est présentée pour la première fois dans un théâtre, il me semble important qu’elle le soit strictement dans l’esprit voulu par le compositeur. Cela s’impose d’autant plus dans le cas de Porgy and Bess, qui se veut être le témoignage fort de la vie d’une communauté précise. La fidélité n’exclut cependant pas l’imagination ni la poésie…
Il existe un certain écho entre Gershwin et l’univers de Ravel ou Debussy. Vous qui avez mis en scène L’Heure espagnole, L’Enfant et les Sortilèges et Pelléas et Mélisande au cours des saisons dernières, percevez-vous ce dialogue musical comme un fil dramaturgique fertile pour votre lecture scénique ?
Ce dialogue provient de l’utilisation (modérée) du jazz par Ravel et du fait que ces œuvres sont toutes emblématiques de la première partie du XXᵉ siècle et resteront comme des chefs-d’œuvre dans l’histoire de l’opéra. Dramaturgiquement, il y a un fil de fantaisie qui relie Ravel à Gershwin, comme, à mon sens, un grand sens poétique dans l’expression des difficultés à simplement « exister » (Pelléas et Mélisande).
Porgy & Bess est souvent présenté comme un « opéra populaire », traversé par le jazz, les spirituals, les chants de rue. Comment traduire scéniquement cette hybridité sans en lisser la singularité ?
Il me semble qu’il faut aller « à l’os » de l’histoire, où pauvreté, sexe, drogue se conjuguent en opposition avec le grand espoir qui traverse l’œuvre. Il faut donc accepter de montrer cette hybridité en évitant le cliché facile de la comédie musicale, qui serait contraire à la volonté de Gershwin. C’est bien un opéra dont il s’agit !
L’œuvre relève pleinement du vérisme, mettant en scène des êtres ordinaires confrontés à la violence, à la dépendance et au désir d’émancipation. Catfish Row est un véritable microcosme où la communauté joue un rôle essentiel. Comment donner chair à cette dimension humaine sans tomber dans un naturalisme illustratif ?
On rencontre la même difficulté lorsque l’on met en scène La Bohème (Puccini). Mon parti pris est donc le « réalisme poétique », magnifiquement illustré par le cinéma français de l’entre-deux-guerres. Il poétise des enjeux sociaux importants.
Catfish Row doit nécessairement être un lieu réaliste dans lequel vit une petite communauté laborieuse et assez pauvre. C’est aussi le lieu de la famille, de l’église, qui permet de montrer l’importance de la vie spirituelle du groupe. C’est le chant qui donnera à l’ensemble sa puissance poétique.
Au cœur du drame se noue un amour impossible, fragile, menacé par les forces sociales et intimes, tandis que le chœur agit presque comme un personnage collectif. Comment dirige-t-on les interprètes pour faire vivre à la fois cette tension intime et cette énergie communautaire si particulière à l’œuvre ?
Diriger des interprètes est toujours une alchimie très secrète. On doit savoir ce qu’on veut montrer tout en laissant un espace de liberté indispensable aux artistes. Le danger de l’élan lyrique évoqué est qu’il prenne trop de place au détriment de la vérité du moment. Dans le cadre qu’il s’est fixé, le metteur en scène doit canaliser les énergies sans donner le sentiment de les brimer.
Le chœur est un personnage à part entière. Il vit, s’amuse, souffre, prie… c’est d’ailleurs le cas dans de nombreux opéras. Dans Porgy and Bess, il ne commente pas seulement, il participe à tout ! Il faut accompagner cet élan avec les mêmes règles qu’avec les solistes.
Après avoir exploré l’impressionnisme français et bien d’autres univers esthétiques à Monaco, que représente pour vous cette plongée dans l’Amérique des années 1930 ? Quel regard personnel portez-vous sur cette œuvre qui, à sa création, a profondément marqué l’histoire de l’opéra ?
Je voudrais que Monaco comprenne instantanément l’immense choc esthétique et visuel que fut Porgy and Bess à sa création. Bien sûr, tout le monde connaît Gershwin ou bien s’en fait une idée généralement positive. Le drame en musique est pourtant loin des chansons qui ont fait son succès mondial.
Signe du succès, tout le monde connaît Summertime sans nécessairement savoir que c’est l’air d’ouverture de l’opéra. Dès le début, nous avons une ouverture brillante, puis quelques notes de piano jazz avec de la danse, et enfin le calme poétique de Summertime. Quel choc !
Pas d’anecdote particulière sinon une personnelle : mon arrière-grand-oncle, Joe Ballard, était américain, pianiste, et a été - si j’en crois ce qui m’a été raconté (mais je n’en doute pas) - le premier à interpréter la Rhapsody in Blue en France. L’histoire continue, avec un sourire…