10 ans de (re)découverte
Le vendredi 8 juillet 2016, un événement exceptionnel s’est tenu dans la cour du Palais princier de Monaco. Une initiative qui, au XXIe siècle, surprend par sa singularité mais qui renoue en réalité avec une tradition autrefois courante aux XVIIe et XVIIIe siècles : la présentation d’un nouvel orchestre de cour. À cette époque, la plupart des souverains européens entretenaient de tels ensembles. À leur image, cet ensemble de musiciens émérites soigneusement sélectionnés aux quatre coins du monde et baptisé Les Musiciens du Prince – Monaco, était appelé à œuvrer sous le regard bienveillant du Souverain, se produisant tant sur le territoire monégasque qu’à l’étranger. L’excellence de leurs interprétations contribuait au rayonnement de la Cour, et plus largement, à celui de Monaco. Depuis bien longtemps, Cecilia Bartoli nourrissait le rêve de voir se reconstituer un tel ensemble. Un projet qui trouva son élan grâce au soutien de Jean-Louis Grinda. Alors directeur de l’Opéra de Monte-Carlo, il proposa de créer et d’administrer un tel ensemble à Monaco. Son engagement suscita l’enthousiasme de S. A. S. le Prince Albert II de Monaco et de S. A.R. la Princesse de Hanovre, qui invitèrent à leur tour Cecilia Bartoli à prendre la direction artistique de ce nouvel orchestre.
Cecilia Bartoli n’est pas seulement une chanteuse lyrique de renommée mondiale, elle est également très respectée pour ses travaux de recherche novateurs. Elle remet en question les idées reçues, explore les archives anciennes et propose des interprétations inattendues à travers des projets multiples qui passionnent à la fois les chercheurs, les musiciens et le public. Son travail se concentre principalement sur la redécouverte du répertoire vocal des périodes baroque, classique et romantique.
S’appuyant sur une étude approfondie des manuscrits originaux et de leur contexte historique, Cecilia Bartoli restitue ces œuvres sur instruments d’époque cherchant à retrouver la sonorité propre à l’époque des compositeurs. Les nuances et les couleurs inscrites dans la partition, tant pour les différentes sections de l’orchestre que pour l’interaction entre orchestre et solistes, s’en trouvent révélées avec une clarté difficilement atteignable par un ensemble d’instruments modernes à la fabrication différente.
Dès l’origine, il fut évident que Les Musiciens du Prince exploreraient un vaste répertoire, interprété exclusivement sur des instruments correspondant à chaque époque.
En 2016, le premier concert au Palais princier proposait une sélection d’airs et de pièces instrumentales de Georg Friedrich Haendel, avec Cecilia Bartoli comme soliste. En novembre et décembre de cette même année, l’orchestre entreprit une première tournée internationale dans onze villes européennes, parmi les capitales musicales prestigieuses telles que Paris, Londres, Amsterdam, Munich, Budapest et Vienne.
Cette année-là fut également marquée par une rencontre décisive : alors qu’elle interprétait le rôle-titre dans une version reconstruite de l’opéra Norma de Bellini, Cecilia Bartoli fit la connaissance de Gianluca Capuano, personnalité d’exception aux multiples talents – chercheur, musicien, chef d’orchestre, et philosophe entre autres. Partageant les mêmes ambitions artistiques, il devint rapidement un collaborateur proche et un ami. Gianluca Capuano se souvient : « ça a été un colpo di fulmine, un véritable coup de foudre, et depuis ce moment, j’ai tout dirigé avec Cecilia ». Invité à travailler avec Les Musiciens du Prince, il fut nommé chef principal de l’orchestre en 2019.
En dix ans d’existence, Les Musiciens du Prince et Gianluca Capuano ont exploré un répertoire extrêmement vaste, allant de Monteverdi à Verdi, couronné notamment par la création de la première production scénique sur instruments d’époque de L’Anneau du Nibelung de Wagner, défi titanesque, dont les deux premiers volets ont déjà rencontré un immense succès. Interrogé sur sa relation avec le compositeur, Gianluca Capuano précise : « Wagner fait partie de ma vie depuis l’enfance. J’ai donc pu réaliser mes rêves wagnériens tout en étant sollicité comme philosophe. C’était une belle combinaison, et mon amour pour la Grèce antique m’a également été utile ».
Parallèlement, l’orchestre effectue plusieurs tournées européennes chaque saison, et est deux fois par an en résidence au Festival de Salzbourg, ou ses productions lyriques et ses concerts sont salués avec enthousiasme.
Margherita Rizzi Brignoli, General Manager des Musiciens du Prince, confie : « Salzbourg est désormais comme une seconde maison, et voir l’orchestre évoluer année après année, nourri par les projets que nous présentons dans les salles de concert les plus prestigieuses d’Europe, me remplit de fierté et d’une profonde gratitude. »
À la Wiener Staatsoper, il a notamment présenté en 2022, des séries d’opéras très remarquées consacrées à Rossini,puis des programmes baroques en 2024.
À l’occasion de leur 10e anniversaire, Les Musiciens du Prince, dirigés par Gianluca Capuano, enrichissent leur discographie avec la parution de leur premier album interprété uniquement par l’orchestre. Intitulé Concerti per vari strumenti II, cet album constitue le 75e volume de la légendaire série Vivaldi du célèbre label Naïve Records.
Les avantages d’un orchestre de cour demeurent aujourd’hui les mêmes qu’autrefois : l’attention portée par le Souverain et l’exigence de maintenir les plus hauts standards artistiques pour refléter le prestige du pays, incitant les musiciens à se surpasser.
Conjointement, le soutien institutionnel et la stabilité financière garantissent la pérennité de cette excellence. « Je ne suis pas certaine de pouvoir exprimer pleinement la gratitude et l’humilité que m’inspire la générosité de S. A. S. le Prince Albert et de S. A. R. la Princesse de Hanovre, qui nous ont déjà honorés à de nombreuses reprises de leur présence personnelle, ainsi que de leur soutien et de leur enthousiasme. Je ne peux qu’espérer que nous saurons continuer à les surprendre, à les enthousiasmer et à les rendre fiers de leur orchestre et de ses réalisations », indique Cecilia Bartoli, Directrice de l’Opéra de Monte-Carlo. Enfin, et surtout, cet environnement sécurisé favorise une véritable liberté artistique et encourage l’expérimentation, dans le domaine des pratiques historiques, où tant reste encore à explorer et à réinventer. C’est ce type de laboratoire qui nourrit la créativité et permet à l’orchestre, ainsi qu’à sa direction, de repousser pas à pas, les frontières de l’expression artistique.