Bonsoir Monte-Carlo
vendredi 21 novembre 2025 - 20 h
À l’occasion du 50e anniversaire de la disparition de Joséphine Baker
Dans le cadre de la Fête nationale monégasque
Il y a exactement 100 ans, en septembre 1925, une danseuse et chanteuse âgée de 19 ans paraissait sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées lors du spectacle qui allait populariser le jazz en Europe et faire de sa protagoniste une icône féminine : Joséphine Baker. Cinquante ans plus tard, elle était depuis longtemps devenue une citoyenne française respectée pour ses activités au sein des Forces françaises libres pendant la Seconde Guerre mondiale, une égérie de la mode et une combattante pour les droits de l’Homme. Elle est parvenue à concrétiser son rêve utopique de fonder une famille de douze enfants, adoptés sur plusieurs continents et issus de divers milieux sociaux. La charge de cette vaste « tribu arc-en-ciel » a cependant contribué à sa ruine. La revue célébrant ses 50 ans de scène est présentée triomphalement à Paris en avril 1975 en présence de son amie, la Princesse Grace de Monaco, quelques jours avant que Joséphine Baker ne s’éteigne, la Princesse à son chevet. Joséphine a passé ses dernières années à Roquebrune-Cap-Martin et s’est régulièrement produite sur scène en Principauté, où de nombreux lieux lui rendent aujourd’hui hommage. Bien qu’elle ait fait son entrée symbolique au Panthéon français en 2021, elle repose toujours à Monaco. Conçu à l’occasion de la Fête nationale monégasque, ce nouveau spectacle créé par l’Opéra de Monte-Carlo rend hommage, 50 ans après sa disparition, à Joséphine Baker au travers de plusieurs de ses chansons inoubliables.
MAÎTRES D’ŒUVRE
Direction Musicale
Yvan Cassar
Livret
Nicolas Engel
Mise en scène
Davide Livermore
Chorégraphie
Erika Rombaldoni
Adjoint à la mise en scène
Sax Nicosia
Décors
Giò Forma
Costumes
Gianluca Falaschi
Lumières
Antonio Castro
Vidéos
D-Wok
Assistante aux costumes
Anna Missaglia
Directeur de casting
Rabah Aliouane
Arrangeurs
Pierre Bertrand
Yvan Cassar
Bertrand Lusignan
Didier Benetti
Robert Fienga
Responsable sonorisation
Julien Bourdin
Sound designer
Edoardo Ambrosio
SOLISTES
Joséphine
Rachel Valery
L'amant
Grégory Benchenafi
Le jeune homme
Brice Lefort
Invitée d'honneur
Pretty Yende
Danseurs
Gaël Alamargot
Lisvet Barcia Cabrera
Mahelys Beautes
Kevin Bhoyroo
Amandine Brisaer
Alexia Cuvelier
Lisa Emanuel
Giovanni Imbroglia
Bettina Kaba
Isabel Lanning
Marie Merceron
Séverine Pezeron
Anderson Pinheiro Da Silva
Rafael José Planells Crespo-Azorin
Bryan Ramirez Hurtado
Melissa Regent
Luigi Turetti
Anatole Zangs
Charice-Canelle Zeiher
Figuration
La Princesse Grace Kelly
Sophie Payan
Joséphine Enfant
Margaux Froissart
CHŒUR DE L’OPÉRA DE MONTE-CARLO
Chef de chœur
Stefano Visconti
Consultant pour l’organisation musicale & assistant chef de chœur
Aurelio Scotto
Régisseuse du chœur & bibliothécaire
Colette Audat
Mezzo-sopranos
Clara Ceccarelli
Carmen Ciuffreda
Vivia Guedes
Altos
Marie Pons
Ténors I
Jaime CANTO NAVARRO
Caio DURAN PREVIATI
Manfredo MENEGHETTI
Maximiliano SILVERA
Ténors II
Benoit Gunalons
Marco Angelo MÜLLER
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO
Directeur artistique et musical
KAZUKI YAMADA
Premiers violons
David Lefèvre
Liza Kerob
Sibylle Duchesne
Ilyoung Chae
Diana Mykhalevych
Gabriel Milito
Mitchell Huang
Thierry Bautz
Isabelle Josso
Morgan Bodinaud
Milena Legourska
Jae-Eun Lee
Adela Urcan
Evgeny Makhtin
Rennosuke Fukuda
Andry Richaud
Cécile Subirana
Seconds violons
Peter Szüts
Nicolas Delclaud
NN
Frédéric Gheorghiu
Nicolas Slusznis
Alexandre Guerchovitch
Gian Battista Ermacora
Laetitia Abraham
Katalin Szüts-Lukacs
Eric Thoreux
Raluca Hood-Marinescu
Andriy Ostapchuk
Sofija Radic
Hubert Touzery
Altos
François Méreaux
Federico Andres Hood
François Duchesne
Charles Lockie
Mireille Wojciechowski
Sofia Timofeeva
Tristan Dely
Raphaël Chazal
Ying Xiong
Thomas Bouzy
Ruggero Mastrolorenzi
Sophie Mouson
Violoncelles
Thierry Amadi
Delphine Perrone
Alexandre Fougeroux
Florence Riquet
Bruno Posadas
Thomas Ducloy
Patrick Bautz
Florence Leblond
Thibault Leroy
Caroline Roeland
Contrebasses
Matthias Bensmana
Tarik Bahous
NN
Mariana Vouytcheva
Jenny Boulanger
Sylvain Rastoul
Eric Chapelle
Dorian Marcel
Flûtes
Anne Maugue
Raphaëlle Truchot Barraya
Delphine Hueber
Piccolo
Malcy Gouget
Hautbois
Matthieu Bloch
Matthieu Petitjean
Martin Lefèvre
Cor anglais
NN
Clarinettes
Marie-B. Barrière-Bilote
Véronique Audard
Petite clarinette
Diana Sampaio
Clarinette basse
Augustin Carles
Bassons
Arthur Menrath
Jules Postel
Michel Mugot
Contrebasson
Frédéric Chasline
Cors
Patrick Peignier
Andrea Cesari
Didier Favre
Bertrand Raquet
Laurent Beth
David Pauvert
Trompettes
Matthias Persson
Gérald Rolland
Samuel Tupin
Rémy Labarthe
Trombones
Jean-Yves Monier
Gilles Gonneau
Ludovic Milhiet
Tuba
Florian Wielgosik
Timbales & Percussions
Julien Bourgeois
Mathieu Draux
Antoine Lardeau
Noé Ferro
Harpe
Sophia Steckeler
Administrateur
Sylvain Charnay
Délégué artistique
Didier de Cottignies
Régisseur général
Frédéric Vitteaud
Régisseur
Samantha Raymondis
Régisseur technique
Patrick Pastor
Techniciens de scène
Jean-Marie Pastor
Mathieu Dubourg
Bibliothécaires
Orianne Planquart
Célia Giaccardi
PERSONNEL DE SCENE
Directeur de scène
Xavier Laforge
Régisseur général
Jérôme Chabreyrie
Régisseur
Karine Ohanyan
Régisseur lumières
Léa Smith
Régisseur sur-titrage
Sarah Caussé
TECHNIQUE
Directeur technique
Olivier Perin
Responsable du bureau d’études
Nicola Schmid
Chefs machinistes
Olivier Kinoo
Yann Moreau
Chef machiniste adjoint
Nicolas Mancel
Techniciens de plateau
Slim BEJAOUI
Heathcliff BONNET
Mathias CATALDI
Franz FILLIERE
Bruno MARTINEZ
Luc REMILIEN
Lucas SKOCZEK
Stéphane SOUICI
Chef électricien et vidéo
Benoît Vigan
Pupitreur lumières
Dylan Castori
Technicien audio vidéo
Felipe Manrique
Techniciens lumière
Gaspard BELLET
Thibault CALIGARIS
Florian CAPELLO
Carole DEPARDON
Roman DEVERS
Chef accessoiriste
Franck Escobar
Chef costumière-habilleuse
Eliane Mezzanotte
Chef costumière-habilleuse adjointe
Emilie Bouneau
Habilleuse adjointe
Véronique Tetu
Habilleurs
Carla CAPUANO
Laure CHABOT
Nadine CIMBOLINI
Sandrine DUBOIS
Cyrvan FOISSY
Edwige GALLI
Karinne MARTIN
Chef perruquière-maquilleuse
Déborah Nelson
Chef maquilleuse adjointe
Alicia Bovis
Coiffeurs
Pauline Clauzon
Jean-Pierre GALLINA
Nathalie MARCHAUD
Corinne PAULÉ
Marilyn RIEUL
CindY SOLDATI
Maquilleurs
Margot JOURDAN
Sophie KILIAN TERRIEN
Agnès LOZANO
Francine RICHARD
Billetterie
Responsable billetterie
Virginie Hautot
Responsable adjointe billetterie
Jenna Brethenoux
Service billetterie
Ambre Gaillard
Dima Khabout
Assmaa Moussalli
Monte-Carlo
H. ASTRIC, A. BARELLI, H. CONTET
RACHEL VALERY
St. Louis Blues
W. C. HANDY
INSTRUMENTAL
I Could Have Danced All Night
F. LOEWE, A. JAY
RACHEL VALERY
Blue Skies
I. BERLIN
RACHEL VALERY
You’re The One I Care For
B. LOWN, C. GRAY, H. LINK
RACHEL VALERY ET GRÉGORY BENCHENAFI
Paris Paname
RINGOLD, F. LOPEZ
RACHEL VALERY
Danse des bananes
Y. CASSAR, P. BERTRAND
INSTRUMENTAL
The Mooche
D. ELLINGTON
INSTRUMENTAL
C’est Lui
G. VAN PARYS, R. BERNSTEIN
RACHEL VALERY
J’ai deux amours
V. SCOTTO, G. KOGER, H. VARNA
PRETTY YENDE
Le chant des partisans
A. MARLY
INSTRUMENTAL
Quand je pense à ça
P. SPIERS, R. DESBOIS
RACHEL VALERY
C’est ça le vrai bonheur
B. COLLAZO, CARBO Y MENENDEZ JOSE HIPOCRAT, O. DE LA ROSA
RACHEL VALERY ET GRÉGORY BENCHENAFI
Stork Club
Y. CASSAR, P. BERTRAND
INSTRUMENTAL
The Times They Are A-Changin
B. DYLAN
RACHEL VALERY
Demain
P. DONAGGIO, V. PALLAVICINI, J.-C. ANNOUX, R. VALADE
PRETTY YENDE
Sonny Boy
L. BROWN LEW, A. JOLSON, B. DE SYLVA, R. HENDERSON
RACHEL VALERY
Dans mon village
H. LEMARCHAND, F. LOPEZ
RACHEL VALERY
Sourire à la vie
P. SPIERS, B. COQUATRIX, R. DESBOIS
RACHEL VALERY
La Mer
C. TRENET
INSTRUMENTAL
Monte-Carlo
(Reprise)
RACHEL VALERY, BRICE LEFORT ET GRÉGORY BENCHENAFI
Matériel : Arrangements et Orchestrations Yvan Cassar pour Eden Musique production
Cinq anecdotes à découvrir avant le lever de rideau
1
Joséphine Baker a marqué l’Histoire du XXème siècle. Son engagement dans la lutte pour les droits civiques des Afros-Américains a fait partie de ses plus grands et de ses plus nobles combats. En 1963, devant le Lincoln Memorial de Washington, elle se tient aux côtés de Martin Luther King Jr, alors qu’il prononce son discours historique. Elle y prend la parole elle-même. “C’est le plus beau jour de ma vie !”, lance-t-elle alors.
2
Si Joséphine repose bien au cimetière de Monaco, dans une tombe noire sobrement décorée, elle a rejoint en 2021 les “Grands Hommes” de la Nation française au Panthéon de Paris, devenant ainsi la 6ème femme de l’Histoire à y avoir son cénotaphe, et la première personne noire.
3
En 1968, ayant vendu son château des Milandes pour la moitié de son prix, Joséphine Baker est endettée, et n’a nulle part où aller. La princesse Grace de Monaco lui tend alors la main, avançant à sa collègue et compatriote les fonds pour acheter une maison à Roquebrune. La famille princière accompagnera les dernières années de sa vie, aidant notamment aux événements de ses 50 ans de carrière en 1975, quelques semaines avant sa mort.
4
Le nom de Joséphine est connu dans le monde entier, et même au-delà ! Sur Venus, figure divine de l’amour et du charme, un cratère découvert en 1994 porte le nom de “Baker”. L’hommage d’un astronome bien inspiré à un autre genre de star…
5
Engagée auprès des services secrets français pendant la Seconde Guerre mondiale, Joséphine Baker a soutenu la lutte contre l’occupation allemande. Après un gala à Alger, le général de Gaulle lui offre une petite croix de Lorraine en or. Elle la revend aux enchères, et verse les fonds récoltés au bénéfice de la Résistance.
Une célébration de Joséphine Baker
1974, Sporting Club de Monaco.
Joséphine Baker entre en scène dans un tourbillon de plumes et de joie. Entourée de ses danseurs, elle se lance dans une chanson à la gloire de Monte-Carlo, la ville qui l’a adoptée. Mais soudain, la musique s’arrête, le temps se suspend, et la représentation se transforme en voyage intérieur. Le blues de Saint-Louis, les illusions perdues de l’Amérique ségrégationniste, l’arrivée du Charleston à Paris, les refrains de la Résistance, le rêve brisé des Milandes… La vie de Joséphine ne se raconte pas, elle se chante, se danse et se rêve sous nos yeux. De numéros chorégraphiés en évocations musicales, Bonsoir Monte-Carlo déroule le fil d’une existence hors du commun, entre mythe et vérité. Une plongée dans l’imaginaire d’une des consciences les plus acérées de notre siècle.
Chanteuse, danseuse, meneuse de revue, mais aussi héroïne de la Résistance et ardente militante des droits civiques, Joséphine Baker a fait de son art une arme contre les injustices. Et c’est dans son rôle de mère qu’elle porta son engagement le plus haut, en accueillant douze enfants venus du monde entier, choisis pour incarner le rêve d’une fraternité universelle et prouver que la paix commence dans le regard qu’on pose sur l’autre. Un idéal qui trouva un port d’attache, loin du vacarme et des jugements, dans la douceur méditerranéenne de Monte-Carlo. Ainsi, notre spectacle place en son cœur l’amitié qui lia Joséphine Baker à une autre Américaine éprise de son pays d’adoption : la Princesse Grace de Monaco. Deux femmes d’exception, unies par la bienveillance, l’élégance et le courage, dont la rencontre résonne comme une ode à l’humanité.
Bonsoir Monte-Carlo célèbre la capacité d’un être à se relever, à transformer les coups reçus en énergie de vie. Toute sa vie, Joséphine a fait de la scène un joyeux champ de bataille. Nous voulons à notre tour faire de la scène un lieu de rassemblement et d’émotion. Un espace où le passé éclaire le présent, et où la promesse humaniste portée par Joséphine Baker continue de vibrer.
Nicolas Engel
auteur du livret
6 AOÛT 1974
LE GALA DE LA CROIX-ROUGE MONEGASQUE
Quelle nuit, mon Dieu, inoubliable !
Et la voici belle à pleurer de joie; la déesse noire de mon adolescence, plus jeune que jamais, svelte, élégante, racée, descendant d’une calèche qu’aurait pu dessiner Jean-Gabriel Domergue, et acceptant, sourire aux lèvres (et, sans doute, émotion au cœur) le compliment débordant d’affection et de sincérité qu’au nom du monde entier (qui vous admire, Joséphine, qui vous admire et qui vous aime), Jean-Claude Brialy murmure à son oreille.
La suite du spectacle ? C’est en dix décors, près de 300 costumes (une débauche de plumes d’autruches, aigrettes, soles de toutes les couleurs, paillettes, tulles, strass, velours, boas, satins); les extraordinaires perruques d’Alexandre; 50 danseurs et danseuses; Aimé Ratai rayonnant de bonheur et dirigeant l’orchestre; Jean Moussy réglant les chorégraphies… la vie ou, plutôt, la légende de Joséphine. En chansons… 30 ou 40… je n’ai pas compté.
Oui, Joséphine, vous avez raison : c’est pour la vie. À bientôt, Joséphine… À toujours !
PH. F.
JOURNAL DE MONACO
Discours S.A.S. le Prince Souverain
Hommage à Joséphine BAKER
Monaco, le 29 novembre 2021
Monsieur le Ministre d’Etat,
Monsieur le Président du Conseil national,
Monsieur l’Ambassadeur de France,
Madame le Consul général des Etats-Unis,
Cher Père Penzo, Cher Père Goinot,
Chère famille et chers amis de Joséphine Baker,
Mesdames, Messieurs,
Demain, la République française, notre pays voisin et ami, avec qui nous partageons une communauté de destin depuis le XVIIe siècle, célèbrera une de ses grandes dames, en la faisant entrer dans son panthéon.
Française, non de naissance, mais de préférence, pour paraphraser le poète Louis Aragon, cette grande dame a été naturalisée le 30 novembre 1937, il y aura donc exactement quatre-vingt-quatre ans.
Nous nous devions aussi de faire mémoire, aujourd’hui à Monaco, de cette figure emblématique du XXe siècle qu’a été, dans toute sa singularité, Joséphine Baker, parce qu’elle a été, et restera, une
Monégasque de cœur.
Bien sûr, la relation avec Monaco est tardive : Joséphine y arrive en 1969, pour y être inhumée en 1975, après sa disparition brutale et prématurée.
Mais cette relation est particulièrement intense et décisive, car elle conditionne, au-delà d’une certaine joie de vivre personnelle retrouvée, la renaissance et l’apothéose artistique de la grande artiste de music-hall.
Avant d’évoquer brièvement ses années monégasques, je voudrais revenir sur deux aspects saillants de la vie et de la personnalité de Joséphine Baker, qui, à l’heure de sa consécration mémorielle
française, me semblent devoir être médités d’un côté et de l’autre de la frontière, et même par-delà les frontières.
Il y a d’abord l’idéal de la fraternité universelle et son corollaire, la lutte contre la ségrégation raciale, dont Joséphine est un symbole, et qui est malheureusement toujours, et trop souvent encore,
un fait d’actualité ; que ce soit aux Etats-Unis, en France ou à Monaco.
Notre devoir d’éducation reste prégnant afin que les nouvelles générations n’aient pas à subir ce que celles qui nous ont précédés ont dû endurer. Je suis d’autant plus sensible à cette facette de
l’engagement de Joséphine Baker que ma mère la Princesse Grace, qui était alors une actrice débutante de vingt-deux ans, a assisté à la fameuse scène d’humiliation de Joséphine Baker, le 16 octobre 1951, au très chic Stork Club de New York. En 1976, quelques mois après la disparition de Joséphine, elle en avait confié son souvenir.
Je la cite : « Je pensais qu’elle était courageuse d’affronter ainsi le scandale… moi, j’étais si timide ! […] Et je me souviens m’être posé la question à ce moment : aurais-je moi ce courage-là ? »
Ce courage de Joséphine Baker, petite-fille d’esclaves, c’est bien sûr aussi celui de la résistante pendant la Seconde Guerre mondiale, mais encore celui de la femme et de la mère faisant face à son
destin, lorsque ce dernier a été adverse. Quand le succès devient plus difficile sur scène dans les années 60, elle s’est battue jusqu’au dernier jour, jusqu’à l’expulsion du château des Milandes, en Dordogne, pour éviter que sa tribu « arc-en-ciel » ne se trouve déracinée.
Ma mère fait alors confiance au décorateur André Levasseur qui suggère son nom pour le gala de la Croix-Rouge monégasque en août 1969. Joséphine Baker arrive à Monaco le 25 juillet
par le train, avec ses enfants. Pour préparer le gala, qui a lieu le 8 août, ils résident tous d’abord à l'Hermitage.
La Princesse confiera, en 1976, ses impressions : « Comme tout le public, je fus sidérée par sa beauté en scène, et une fois de plus, par le courage que tout cela représentait. Elle se sentait très bien
à Monaco. Elle vit une villa à vendre sur la falaise. […] Le Prince et moi nous avançâmes les premiers fonds et j’alertai le comité exécutif de notre Croix-Rouge monégasque pour achever de l’aider. Joséphine mit un point d’honneur à payer sa dette.
Six mois avant sa mort, elle avait remboursé la maison. » C’était évidemment la fameuse villa « Maryvonne » du 39 avenue de Varavilla, sise à Roquebrune, dans le quartier de Saint-Roman, à
quelques mètres de la frontière monégasque.
Avant l’arrivée de Joséphine Baker à Monaco, il y avait déjà eu quelques échanges épistolaires avec la Princesse Grace. Les Archives du Palais conservent une première lettre, datée de 1959, par
laquelle Joséphine félicite ma mère pour la visite officielle faite au général de Gaulle nouveau président de la République. Le cœur de résistante de Joséphine avait dû être touché par la démarche de mes parents, qui l’ont accomplie quelques mois après l’élection du général.
Joséphine écrit joliment : « Le peuple parisien, Madame, vous a adopté définitivement et vous êtes à présent, sa jolie et gracieuse Princesse Grace ».
Le ton devient progressivement plus libre ; l’enfance et l’éducation rapprochent les deux mères, devenues « voisines » pour reprendre le terme de la Princesse. Je la cite encore : « Je conviais ses
enfants aux goûters et aux petites fêtes des miens. De voir ses enfants nager pour la première fois dans la piscine du palais, je me souviens, cela représentait pour elle quelque chose, et elle en eut les larmes aux yeux. Je l’admirais beaucoup d’élever ses douze gosses, moi qui n’en ai que trois, dans le cadre de famille qu’elle voulait leur donner.
Nous pensions la même chose : que la cellule familiale est la base d’une société et que c’est pour elle qu’il faut soigner la société, quand celle-ci est malade ».
Dans la correspondance conservée au Palais, on sent bien ce besoin de Joséphine Baker de confronter les expériences, de partager les réussites et les difficultés d’une famille à la fois tellement utopique et tellement conforme à son idéal.
Je me souviens personnellement à quel point la Princesse était touchée par cette confiance dont l’honorait Joséphine, toujours très directe, spontanée, exubérante et enthousiaste. Sensible à la dureté du monde comme aux contes de fées, Joséphine écrivait à ma mère, en 1972, que le Prince Rainier et la Princesse Grace resteraient toujours son « couple royal préféré ».
En 1974, elle redisait tout son plaisir de « jouir de l’amitié d’une princesse charmante ».
Il est vrai que durant tout le début des années 1970, Monaco offre à Joséphine une scène quasi permanente, et Joséphine offre à la Principauté, à ses nuits, tout son talent, tout son rayonnement, avec grand dévouement. Ainsi, le 22 juin 1974, elle remplace au pied levé, avec d’autres artistes, Samy Davis Jr, qui s’était fait porté pâle au dernier moment pour l’inauguration du nouveau Sporting d’été.
Le 9 août suivant, lors d’un nouveau gala de la Croix-Rouge, elle triomphe dans un show qui retrace sa vie, et dont le succès sera le point de départ de son retour sur la scène parisienne, à Bobino, au printemps 1975, lorsqu’elle célèbrera, pour reprendre l’expression du Président Giscard d’Estaing, ses « noces d’or » avec la capitale française, quelques jours avant sa disparition.
« Il y a des êtres qui ne s’éteignent jamais », dira alors ma mère, qui tint à offrir à Joséphine sa dernière demeure, une tombe en granit noir d’Afrique, dans laquelle elle repose depuis le 2 octobre 1975.
Cette éternité de Joséphine Baker trouve aujourd’hui sa réalité dans la consécration républicaine française que représente son entrée au Panthéon.
Je m’en félicite et je serai très heureux de m’associer demain au peuple de Paris et à la famille de Joséphine pour représenter Monaco. Mais je suis sensible à ce que sa famille ait tenu à ce que son corps mortel reste dans la Principauté, manifestant ainsi l’importance que Monaco a eue dans ses dernières années.
Le Conseil communal a célébré Joséphine Baker il y a quelques mois déjà, en lui donnant très justement le nom d’une place sur la nouvelle esplanade du Larvotto, non loin du Sporting d’été où elle avait triomphé.
Mais j’ai souhaité qu’un hommage national, à la fois solennel et intime, lui soit rendu ici, en présence de sa famille, des hautes autorités de l’Etat et de ceux qui l’ont connue.
Les hymnes américain, français et monégasque vont rappeler dans quelques instants ses trois « patries », de naissance et de préférence. Après la prière et le recueillement devant sa tombe, je prélèverai symboliquement un peu de terre, de cette terre monégasque qui pénètrera demain au Panthéon, mêlée à celle de Saint-Louis, sa terre de naissance, à celle de Paris, la terre de son public, et à celle des
Milandes, la terre de sa tribu « arc-en-ciel ».
Comme le géant Antée de la mythologie reprenait force et vigueur en touchant terre, nous pouvons espérer que ces quatre terres mêlées soient un terreau fécond ; dans lequel pousseront et repousseront, reprendront force et vigueur année après année, les valeurs pour lesquelles Joséphine Baker s’est battue.
C’est, en tout cas, le vœu que je formerai dans un instant en m’inclinant devant la tombe de notre compatriote de cœur, monégasque dans la terre pour l’éternité.
Puisse la minute de silence qui va maintenant suivre nous ouvrir à la méditation du message que Joséphine Baker a délivré par sa vie.