Monteverdi Vêpres de la Vierge
Vespro della Beata Vergine (1610) SV 206 en 13 sections,
Dédié au pape Paul V (1552-1621)
Musique de Claudio Monteverdi (1567-1643)
Création : Mantoue, basilique palatine Sainte-Barbara, 25 mars 1610
En première partie :
Création mondiale de Venezianischer Morgen de Bruno Mantovani (né en 1974), commande de l’Opéra de Monte-Carlo
En coproduction avec le Festival de Pentecôte de Salzbourg et le Printemps des Arts de Monte-Carlo
Les Vêpres de la Vierge, destinées à l’office du soir lors d’une des grandes fêtes de la Sainte Mère de Dieu, font partie des chefs-d’œuvre de Claudio Monteverdi. Ces Vêpres ont intrigué les musicologues en raison de leur forme hétérogène : certains y voient une collection de chants sacrés, d’autres les considèrent comme un opus autonome de conception nouvelle. D’autres encore supposent que Monteverdi a délibérément fait preuve de polyvalence parce qu’il cherchait à l’époque un nouveau poste à Rome et qu’il a peut-être présenté ces œuvres comme carte de visite dans sa recherche d’emploi !
Une grande partie de la partition doit être imaginée par les musiciens qui la jouent, du choix des instruments à la manière de lire les innombrables détails de la partition. Gianluca Capuano est actuellement l’un des grands experts dans ce domaine, et l’interprétation qu’il nous propose avec Les Musiciens du Prince sera par conséquent une première. Mais ce concert contiendra également un autre événement remarquable : la création mondiale, en première partie, d’une œuvre de Bruno Mantovani.
Des places à visibilité réduite ont été ajoutées et sont proposées gratuitement (avec la possibilité de contribuer selon les moyens de chacun). Pour réserver, merci de contacter directement la billetterie au 00377 92 00 13 70.
Les Musiciens Du Prince – Monaco
Direction musicale
GIANLUCA CAPUANO
Chef de chœur
jacopo facchini
Compositeur (Venezianischer Morgen)
BRUNO MANToVANI
Il Canto di Orfeo
Sopranos
Maria Dalia ALBERTINI
Laura ANDREINI
Francesca CASSINARI
Alessandra GARDINARI
Caterina IORA
Jin JIAYU
Altos
Giulia BEATINI
Aco BISCEVIC
Paola CIALDELLA
Jacopo FACCHINI
Annalisa MAZZONI
Elisabetta VUOCOLO
Ténors
Massimo ALTIERI
Alessandro BAUDINO
Paolo BORGONOVO
Stefano GAMBARINO
Pietro GUS
Alessandro VIANELLI
Basses
Cesare COSTAMAGNA
Lorenzo MARTINUZZI
Giacomo PIERACCI
Marco SACCARDIN
Luca SCACCABAROZZI
Pier Marco VIÑAS
Les Musiciens du Prince-Monaco
Violon I (leader)
Enrico CASAZZA
Violon II
Nicolas MAZZOLENI
Alto (leader)
Emanuele MARCANTE
Violoncelle (leader)
Antonio Carlo PAPETTI
Contrebasse (leader)
Roberto FERNÁNDEZ DE LARRINOA
Lirone
Cristiano CONTADIN
Viole de gambe
Cristiano CONTADIN
Théorbes (leader)
Miguel RINCON RODRIGUEZ
Elisa LA MARCA
Michael DUECKER
Cornets
Gebhard DAVID
Martin BOLTERAUER
Noemi MÜLLER
Trombones
Simen VAN MECHELEN (leader)
Cas GEVERS
Gunter CARLIER
Trombone basse
Gunter CARLIER
Harpe
Marta GRAZIOLINO
Orgue
Davide POZZI
Pouvez-vous nous parler de la commande que vous avez reçue de l'Opéra de Monte-Carlo ? Comment cette collaboration a-t-elle commencé ?
Nous discutions avec Cecilia Bartoli d’un projet de collaboration entre l’Opéra et le Printemps des arts dont je suis directeur artistique. L’idée était de donner en concert les Vêpres de la Vierge de Monteverdi. S’est posée alors la question d’un complément de programme, d’une pièce qui puisse peut-être donner un éclairage contemporain à ce monument du début du 17ème siècle. C’est alors que Cecilia Bartoli m’a fait la proposition d’écrire une courte pièce introductive.
La création de toute œuvre implique un réel défi artistique. Quels ont été les aspects les plus stimulants ou difficiles de ce projet pour vous ?
J’adore écrire pour chœur a capella. J’ai énormément produit en ce domaine, notamment pour le chœur de chambre Accentus et Laurence Equilbey. Afin d’occuper l’espace de la Cathédrale de Monte-Carlo, j’ai divisé l’effectif en deux groupes symétriques qui créeront un effet d’antiphonie.
Y a-t-il une émotion particulière, un message que vous souhaitez transmettre à travers cette œuvre ?
L’Opéra de Monte-Carlo souhaitait qu’une thématique vénitienne soit présente dans cette œuvre. J’ai tout de suite songé à Rainer Maria Rilke qui a décrit Venise de façon particulièrement sensible.
Avez-vous collaboré avec des artistes spécifiques pour cette œuvre, comme un librettiste ou un chef d'orchestre, et si oui, comment s'est déroulée cette collaboration?
Je suis heureux que cette œuvre puisse être dirigée par Gianluca Capuano qui réalise un travail formidable en Principauté. Mais la composition est avant tout un acte solitaire. Partager sa solitude avec Rilke n’est pas un déplaisir absolu !
Dans toute pièce chantée, le lien entre la musique et le texte est fondamental. Comment avez-vous abordé cette relation dans votre création qui se veut a cappella ?
Le texte est quelquefois totalement inintelligible, d’autres fois très présent. Sa structure est déterminante dans la construction de l’œuvre. En outre, ses sonorités sont la première des musiques. J’aime penser que la poésie contient déjà en elle-même une forme de musicalité.
Que souhaitez-vous que le public retienne de cette œuvre après l'avoir vécue ?
On ne peut contrôler ou prévoir la perception que le public aura d’une œuvre. D’ailleurs, qui est le public ? Il n’y a pas un spectateur qui ressemble à un autre. Chacun arrive avec son écoute, sa culture… Finalement, l’écriture est un acte égoïste : j’écris pour le public que je suis. Mais je dois avouer que je suis très heureux quand d’autres adhèrent à mon propos et me rejoignent avec enthousiasme dans l’écoute de ma musique !
I. Répons : Deus ad adjuvandum me
II. Psaume 109 : Dixit Dominus
III. Concerto : Nigra sum
IV. Psaume 112 : Laudate pueri
V. Concerto : Pulchra es
VI. Psaume 121 : Lætatus sum
VII. Concerto : Duo seraphim
VIII. Psaume 126 : Nisi Dominus
IX. Concerto : Audi cælum
X. Psaume 147 : Lauda Jerusalem
XI. Sonata sopra «Sancta Maria»
XII. Hymne : Ave maris stella
XIII. Magnificat (à 7 voix)
Claudio Monteverdi
Vêpres de la Vierge
En 1590, à 23 ans, Monteverdi quitte sa ville natale de Crémone pour entrer au service de Vincent Ier Gonzague, duc de Mantoue. Ce flamboyant personnage ne lésine pas sur le faste. C’est ainsi que Monteverdi peut créer en 1607 – neuf ans après les prémices du genre à Florence – le premier chef-d’œuvre de l’histoire de l’opéra : L’Orfeo. L’année suivante, il compose un deuxième ouvrage, L’Arianna, dont ne subsiste qu’un sublime Lamento. En 1610, Monteverdi commence à se sentir à l’étroit. C’est pourquoi il fait publier à Venise un recueil comportant notamment deux œuvres sacrées ambitieuses, toutes deux destinées au culte marial : une Missa In illo tempore à six voix et les Vêpres de la Vierge. Il dédie l’ensemble au pape Paul V et part à Rome dans l’espoir d’obtenir une audience et, grâce à cela, de faire admettre son fils Francesco au Séminaire romain et de décrocher un poste dans la Ville éternelle.
Si la messe est composée dans la manière des compositeurs franco-flamands de la Renaissance, avec de complexes échafaudages contrapuntiques et l’usage de cantus firmus (des thèmes grégoriens servant de base à l’édifice), les Vêpres déploient un panel immense de styles, d’effectifs et de textures. En ces années charnières entre Renaissance et baroque, l’œuvre fait cohabiter la prima pratica de Palestrina (une version «adoucie» des polyphonies franco-flamandes qui correspond aux préceptes de la Contre-Réforme, édictés par le Concile de Trente) avec les innovations les plus modernes, cette seconda pratica que Monteverdi a expérimentée et théorisée – non sans heurter certaines oreilles – dans son Cinquième Livre de madrigaux (1605) : l’abandon de la polyphonie au profit d’un chant accompagné d’une basse continue (c’est-à-dire une ligne jouée par un instrument monodique et sa réalisation harmonique, improvisée par un instrument polyphonique comme dans les grilles d’accords du jazz). La variété stylistique des Vêpres témoigne du souci constant qu’a le compositeur du texte et de l’émotion, mais certainement aussi sa volonté de montrer l’étendue de son savoir-faire.
Monteverdi recourt au style ancien dans les pièces qu’il emprunte à la liturgie de l’office des vêpres : le répons Deus in adjutorium (où il fait intervenir en outre la fanfare qui ouvrait L’Orfeo et une ritournelle dansante), le Magnificat et, entre ces deux morceaux, les cinq psaumes (Nisi Dominus, Laudate pueri, Lætatus sum, Nisi Dominus et Lauda, Jerusalem) et l’hymne (Ave maris stella) propres aux vêpres mariales.
À la place des antiennes grégoriennes intercalées dans l’office des vêpres, Monteverdi illustre en revanche des textes libres, tous associés à Marie sauf un (Duo seraphim). C’est dans ces mouvements qu’il recourt au style moderne. Il désigne quatre d’entre eux (Nigra sum, Pulchra es, Duo serafim et Audi cœlum) comme des concerti, c’est-à-dire des motets de solistes. Le cinquième, Sonata sopra «Sancta Maria», est un étourdissant morceau instrumental d’où émerge un cantus firmus chanté au soprano : synthèse entre la tradition et la modernité la plus exubérante.
Le voyage à Rome ne porta pas ses fruits. Mais trois ans plus tard, après la mort de Vincent Ier, Monteverdi obtint le très convoité poste de maître de chapelle de la basilique Saint-Marc de Venise. Il termina sa vie dans la Cité des doges, participant avec Le Couronnement de Poppée (1640), Le Retour d’Ulysse dans sa patrie (1643) et d’autres ouvrages aujourd’hui perdus à une nouvelle révolution musicale : l’éclosion d’un art lyrique bourgeois et payant, de plus en plus spectaculaire. Même si on n’en garde aucune trace, il est vraisemblable que son plus grand chef-d’œuvre sacré, ces somptueuses Vêpres de la Vierge, résonna à plusieurs reprises sous les voûtes dorées de Saint-Marc.
Claire Delamarche
La vie musicale à Monaco, surtout aux XVIe et XVIIe siècles, était fortement liée aux musiciens italiens et à l’église Saint-Nicolas, ancêtre de la cathédrale d’aujourd’hui. Quelles sont vos pensées quand un des chefs-d’œuvre de cette époque, dédié à la Vierge Marie, va résonner dans cet espace, qui lui est particulièrement consacré ?
Les premières mentions conservées de musiciens à Monaco sont effectivement liées à la vie paroissiale de l’église Saint-Nicolas au cours des XVIe et XVIIe siècles. Ces manifestations de qualité, à la fois artistiques et spirituelles, sont comme les pierres de fondation historiques de toutes les manifestations à venir. Je suis personnellement touché de constater qu’aujourd’hui encore la cathédrale de Monaco prolonge cette vocation au lieu même où ont été exécutées tant d’œuvres remarquables. Il n’est pas anodin que, dans notre programme, soient proposées les Vêpres de la Vierge de Monteverdi. Depuis le début du XXe siècle et l’inauguration de la cathédrale, désormais dédiée à l’Immaculée Conception, la Vierge Marie veille d’une manière particulière sur le Rocher et notre Principauté. D’ailleurs, chaque 8 décembre, les Monégasques aiment lui exprimer leur gratitude et leur confiance.
Croyez-vous qu’une musique jouée dans un lieu sacré prenne une autre dimension ?
Oui, dans la mesure où elle y trouve son lieu naturel d’exécution. L’intention des compositeurs de musique sacrée consiste essentiellement à servir les grands moments de la prière de l’Église, tant pour la célébration de la messe que celle des offices de la liturgie des heures (comme les vêpres). Notre cathédrale, comme tant de lieux sacrés, n’est pas une salle de spectacle, mais un lieu d’élévation de l’âme et d’ouverture à la vie spirituelle. Elle est riche de la prière et de l’espérance de tous ceux qui s’y sont succédé et s’y rassemblent encore chaque jour.
Quel est le rôle du chant (et de la musique) dans la liturgie catholique ? Est-ce une aide dans le déroulement de vos offices ?
Quelles que soient les traditions liturgiques, le chant et la musique ont toujours eu une place essentielle dans les célébrations de l’Église, non pas comme un ensemble d’éléments décoratifs surajoutés de l’extérieur, mais comme ce qui permet d’entrer dans la profondeur spirituelle des paroles exprimées et des actes posés. La musique liturgique est pleine de sens quand elle ouvre l’oreille et le cœur de celui qui l’écoute. Elle ouvre ainsi le chemin de Dieu vers l’homme et de l’homme vers Dieu.